Le oud, parfum de mystère et de succès / Mystery and success of agarwood

(Read the English version below)

Puissant, sombre, mystérieux… Voilà autant de qualificatifs qui pourraient décrire cet ingrédient parfumé tant convoité : le bois de oud. Après la rose ou le jasmin jadis, le oud est devenu aujourd’hui le graal des créateurs de parfums.

S’il est très prisé en Orient, le bois de oud (nom botanique : Aquilaria malaccensis) pousse toutefois principalement en Asie, notamment en Thaïlande ou au Laos. Le oud est un arbre dont la culture et la vente sont contrôlées, la CITES considère en effet le oud comme une espèce en danger. En impliquant les communautés locales, les entreprises qui le cultivent visent à réduire fortement les coupes illégales de oud sauvage, pourtant interdites depuis 2004. Le oud est aussi connu sous le nom de bois d’agar, bois d’aloès ou calambac.

Obtenir une essence à partir du bois demande un certain savoir-faire. Car pour être odoriférant l’arbre doit être attaqué par un champignon particulier. Sans cette moisissure, le bois ne sent rien. Or 10 % seulement des arbres sont naturellement infectés. Dans les plantations de oud, c’est l’intervention de l’homme qui remplace la nature. Les arbres de plus de 4 ou 5 ans sont perforés avec une sorte de perceuse, puis inoculés.

Il faut approximativement six mois pour que l’infection soit totale. On peut réinfecter l’arbre, ce qui permettra d’augmenter le rendement en huile essentielle jusqu’à 25 %. Les troncs des arbres sont ensuite réduits grossièrement, puis au bout de quelque temps, en copeaux. Les parties non utilisables pour la distillation sont utilisées en bois de chauffage ou comme encens. Au final, un arbre fournit en moyenne 32 ml d’essence. Cette faible productivité explique les prix très élevés du oud, de 15 mille euros à près de 60 mille euros le litre pour des variétés de oud “vintage”. Hormis l’âge, d’autres facteurs sont responsables de ces variations de prix, comme la couleur de l’essence, sa texture ou l’origine de l’arbre.

Le bois de oud “5 ans d’âge” possède une odeur plus intense, plus cuirée et animalisée. Les acheteurs du Moyen-Orient raffolent de cette qualité d’essence. Dans le même temps, ils aiment aussi acheter des marques de parfums d’inspiration occidentale, porteuses d’une image de luxe et de raffinement. Cela explique sans doute pourquoi de nombreuses marques de niche occidentales mettent en avant le bois de oud dans leurs créations. De Tom Ford à Dior en passant par Cartier : chaque marque de luxe a son parfum au oud ; certaines en proposent même plusieurs.

Selon les marques, les parfums sont plus ou moins boisés, cuirés, orientaux, animalisés. Assez fréquemment les parfums à base de oud sont mixtes ; ils sont souvent puissants. Au-delà des nombreuses marques de luxe et de niche proposant des parfums à base de oud, le oud est partout, sans doute trop. Rares sont les parfums à contenir véritablement de l’essence de oud, les parfumeurs reconstituant sa senteur à partir d’autres ingrédients. Le prix des parfums au oud est élevé, parfois excessif. La tendance est en recul depuis quelques années mais certaines marques continuent à lancer de nouveaux parfums à base de oud.

adaptation d’un dossier écrit pour la Société Française des Parfumeurs

Différents états du oud : tronc infecté et copeaux à brûler / Different states of agarwood: infected trunk and wood chips for burning

Powerful, dark, mysterious… These are just some of the words that could describe this coveted perfumed ingredient: oud wood, also known as agarwood (botanical name: Aquilaria malaccensis). After rose or jasmine in the past, it has become the grail of perfume creators today.

Although highly prized in the Middle East, it grows mainly in Asia, particularly in Thailand and Laos. Its cultivation and sale are controlled, as the Washington Convention considers agarwood to be an endangered species. By involving local communities, the companies that cultivate it aim to greatly reduce illegal cutting of wild oud, which has been banned since 2004. The wood is also known as aloeswood or eaglewood.

Obtaining an essence from the wood requires a certain know-how. Because to be fragrant, the tree must be attacked by a particular fungus. Without this mold, the wood doesn’t smell. However, only 10% of trees are naturally infected. In agarwood plantations, it is human intervention that replaces nature. Trees over 4 or 5 years old are perforated with a kind of drill, then inoculated.

It takes approximately six months for the infection to be complete. The tree can be reinfected, which will increase the yield of essential oil by up to 25%. The tree trunks are then reduced roughly, and after some time, into chips. The parts that cannot be used for distillation are used as firewood or as incense. In the end, an average tree provides 32 ml of essential oil. This low productivity explains the very high prices of oud, from 15 thousand euros to nearly 60 thousand euros per liter for “vintage” varieties of agarwood oil. Apart from age, other factors are responsible for these price variations, such as the color of the oil, its texture or the origin of the tree.

“5 years old” agarwood has a more intense, leathery and animalic smell. Buyers in the Middle East love this quality of essential oil. At the same time, they also like to buy Western-inspired perfume brands that carry an image of luxury and refinement. This probably explains why many niche Western brands highlight oud wood in their creations. From Tom Ford to Dior to Cartier: each luxury brand has its own oud fragrance; some even offer several.

Depending on the brand, the fragrances are more or less woody, leathery, oriental, animalic. Quite frequently, oud-based perfumes are mixed; they are often powerful. Beyond the many luxury and niche brands offering oud-based perfumes, agarwood is everywhere, probably too much. Rare are the perfumes to really contain agarwood essence, as perfumers reconstitute its scent from other ingredients. The price of oud perfumes is high, sometimes excessive. The trend has been declining in recent years, but some brands continue to launch new oud-based perfumes.

adaptation of an article written for the French Society of Perfumers

11 comments / 11 commentaires

  1. J’aime le bois de oud, le vrai.
    Au fait, j’imagine qu’il a pu être recréé de façon synthétique ?
    Pouvez vous m’en dire plus ce ce sujet ?
    Merci
    Irène Akimiti

    1. Bonjour Irène, merci de votre message.
      L’essence de oud est peu utilisée en parfumerie car elle est très chère. Mais également parce que la quantité disponible aux parfumeurs est très faible.
      L’arbre est en effet protégé et seul le oud ‘de plantation’ est autorisé. Il y a beaucoup de déforestation sauvage, mais seul un petit nombre des troncs est naturellement infecté par un champignon Or c’est cette moisissure qui fait que l’essence de l’arbre possède ce parfum si particulier. Donc beaucoup d’arbres ‘braconnés’ le sont pour rien.
      Dans les plantations, c’est l’homme qui infecte l’arbre, comme expliqué ci-dessus. Ce sont des plantations durables (pour un arbre abattu, au moins un est replanté). Mais sans intervention de l’homme, il n’y aurait pas (assez) d’essence de oud accessible aux parfumeurs. Mais il n’y aurait probablement à la fin plus de oud du tout.
      Donc oui, on peut recréer la note oud en laboratoire. Mais recréer en laboratoire ne veut pas dire qu’on n’utilise pas d’autres essences de bois dans la formule pour le faire. (Je connais une parfumeuse qui utilise par exemple l’essence de rose pour recréer des notes de poire).
      Par ailleurs, le oud doit être vendu avec une autorisation d’exploitation de l’arbre, explique Andrew Steel, le spécialiste du oud que j’ai rencontré. Donc il est possible que des produits vendus sur Internet soit faux ou ‘braconnés’. Certaines marques de parfums arabes proposent quant à elles des parfums à base de oud, et également des huiles à base de oud. C’est très cher mais cela possède effectivement une odeur originale.
      Bien à vous,
      Nicolas Olczyk

  2. Bonjour Nicolas,
    J’apprécie beaucoup les blogs parfums, et le vôtre en particulier. Vos articles sont toujours très intéressants.
    Chez moi, c’est mon ami qui aime le bois de oud. En effet, il porte M7 d’YSL, qui lui convient très bien.
    Moi, je trouve le bois de oud un tantinet trop fort et puissant, pour un parfum féminin.
    Et longue vie à votre blog !

  3. Bonjour
    Article très intéressant. Je suis de ces gens passionnés qui parcourent le monde à la recherche du joyau des parfums, celui qu’on ne trouve que dans nos rêves et dont l’espoir nous porte lors de nos quêtes…
    J’aime le oud et en vend, ses nuances sont indéfinissables et sa profondeur interminable, il offre un voyage dans différents mondes, du plus brutal au très subtil. Son parfum ravit les cœurs et fait chavirer la raison…
    Merci pour les infos partagées.

  4. Bonjour
    De passage sur votre site suite à la sortie chez Jo Malone d’une nouvelle création ‘Velvet Rose & Oud Cologne’, je suis venue chercher plus d’infos sur ce bois inconnu pour moi jusqu’alors.
    Ça donne envie d’aller sentir ce parfum ! Merci .

  5. Bonjour, je vais en Thaïlande très souvent et j’ai un ami qui possède une foret de oud. J’en ramène de temps en temps, je lui achète des petites quantités.
    Je voudrais savoir s’il est légal d’en faire le commerce en France et si oui a combien peut on espérer le vendre.
    Merci de votre réponse.

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